D'après la dernière étude du Lab "Histoire d'incompréhension, les dirigeants de PME et ETI face au digital", nos analystes se sont penchés sur la situation de l'Ouest en matière de transformation digitale.


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Pour rappel, selon notre enquête, la marge de progression est très forte en France : 38 % des dirigeants interrogés sont des Sceptiques, 52 % des Apprentis et 10 % seulement des Conquérants. Vu l’ampleur des chantiers à mener, ces résultats appellent à un sursaut et à un accompagnement ciblé. En effet, il semble peu pertinent d’apporter les mêmes conseils à un Sceptique et à un Conquérant. Cette approche, différenciée selon les profils de maturité, a son importance au niveau national, mais également au niveau régional. Les efforts régionaux se multiplient pour accompagner les entreprises, que ce soit à travers la déclinaison d’initiatives nationales, comme la French Tech ou les Accélérateurs de Bpifrance, ou l’émergence d’initiatives locales, telles que l’Agence de développement pour la Normandie lancée en 2016. C’est également au niveau du tissu économique local qu’une dynamique vertueuse peut être encouragée entre entreprises de maturité digitale différentes.


Face à ces premiers éléments d’analyse, comment se situent les régions de l’Ouest ?


L’Ouest, un ensemble hétérogène

Les régions de l’Ouest, prises dans leur ensemble, sont légèrement en retard en termes de maturité digitale par rapport à la moyenne nationale. Les Sceptiques représentent en effet 42 % des répondants dans ces trois régions, contre 38 % sur l’ensemble du territoire. La Bretagne et la Normandie sont particulièrement en retard : les Sceptiques représentent 49 % des dirigeants interrogés dans la première, et 46 % dans la seconde. A l’inverse, ils sont 36 % dans les Pays de la Loire.

Si l’on analyse plus précisément chacune des variables qui nous ont permis d’établir le score de maturité digitale des répondants, nous retrouvons cette configuration : la Bretagne distancée et les Pays de la Loire en avance. Par exemple, en termes de digitalisation de l’entreprise (migration vers le cloud, vente en ligne…), 36 % des dirigeants bretons disent n’avoir engagé aucune action en ce sens, contre 29 % à l’échelle nationale et 23 % dans les Pays de la Loire. De même, interrogés sur leur utilisation des données pour personnaliser leurs offres et leur relation client, 40 % des dirigeants des Pays de la Loire ont répondu le faire fortement ou très fortement (ce qui est conforme à la moyenne nationale), contre 26 % en Bretagne.

Notre enquête montre enfin que les obstacles à la transformation digitale, et les difficultés ressenties par les dirigeants varient en fonction du territoire sur lequel ils se trouvent. Interrogés sur les principaux freins à leur digitalisation, les dirigeants normands citent en premier lieu le manque de moyens financiers (cité par 39 % d’entre eux). En Bretagne, c’est le manque de compétences en interne qui revient le plus fréquemment (mentionné par 39 % des répondants). Tandis que dans les Pays de la Loire, le premier frein à la transformation digitale cité par les dirigeants est la complexité du sujet (citée par 35 % d’entre eux).

S’appuyer sur son écosystème pour se transformer

La composition du tissu économique de chacune de ces régions peut-elle contribuer à expliquer cette hétérogénéité ? Nos résultats ne nous permettent pas de l’affirmer. Certes, le BTP et les Transports sont légèrement surreprésentés en Bretagne par rapport à la moyenne nationale (respectivement 16 % et 9 % contre 14 % et 6 % au niveau national) ; et ce sont les deux secteurs les moins avancés en matière de transformation digitale. A l’inverse, le secteur des Services est légèrement sous-représenté en Bretagne (17 % contre 20 % au niveau national), alors que selon notre enquête, c’est le secteur le plus mature en termes de digitalisation. Mais ces écarts demeurent faibles et donc difficiles à interpréter.

De même pour la taille de l’entreprise. Notre enquête montre, au niveau national, l’existence d’une corrélation positive entre le nombre de collaborateurs et le degré de maturité digitale : plus l’entreprise est grande, plus la probabilité d’être mature est élevée. Mais dans notre échantillon, les entreprises des Pays de la Loire n’apparaissent pas comme étant plus grandes en moyenne que celles de Bretagne ou de Normandie.

Au-delà de la composition du tissu économique, c’est donc sur leur écosystème que la Bretagne et la Normandie ont intérêt à jouer. L’hétérogénéité des régions de l’Ouest en matière de transformation digitale peut être combattue par des efforts de sensibilisation et de mutualisation réalisés dans le cadre de réseaux d’entrepreneurs ou au sein d’initiatives locales. Cela peut paraître peu au regard de l’ampleur de la tâche, mais nous sommes convaincus que c’est en multipliant les échanges entre Sceptiques, Apprentis et Conquérants que le défi de la transformation digitale pourra être relevé.

Dans le contexte digital qui est le nôtre, se transformer est un impératif : pour remettre son client au cœur de la création de valeur, injecter de la transversalité dans son organisation et favoriser le travail avec des partenaires. Cela implique donc une transformation globale de l’entreprise. Elle concerne tous les dirigeants, quels que soient leur secteur d’activité ou leur territoire d’implantation.

Jérôme Lebacle (actif sur Linkedin) et Vivien Pertusot (actif sur Linkedin et Twitter) travaillent au sein de Bpifrance Le Lab, notamment sur la transformation digitale.

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