Les Fintech ont levé près de 66 millions d’euros au premier trimestre 2017 pour internationaliser leur expertise et accentuer leur développement sur le marché français. Si on connaît aujourd’hui les services qu’elles proposent aux consommateurs, l’accent est moins porté sur leur offre destinée aux PME et TPE. Bpifrance Le Lab a voulu explorer ce segment en plein essor. 


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Misant sur l’insatisfaction grandissante des clients vis-à-vis des banques, elles ont su capitaliser sur les technologies (internet haut débit) et les nouveaux usages (démocratisation du smartphone, boom du e-commerce, souhait d’une plus grande personnalisation) pour se trouver une place sur le marché financier. Si leur poids reste sans commune mesure à celui des banques traditionnelles, les Fintech prouvent par leurs pratiques (interfaces plus intuitives, plus grande réactivité, offres plus transparentes et moins chères) que d’autres standards sont possibles pour les services financiers.

Le crowdfunding, un financement alternatif en plein essor

En 2016, le financement participatif a permis de collecter plus de 230m€ pour financer 21 375 projets [2] en prêt (crowdlending), en investissement (crowdequity) ou en don. Une goutte d’eau dans l’océan des encours bancaires : les crédits aux entreprises ont atteint 911 mds€ fin 2016, dont 385 mds€ ont été alloués aux PME et TPE [3]. Peut-être, mais les PME sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers ce mode de financement qui connait une croissance très soutenue (+40% en 2016). Le crowdfunding permet à des dirigeants de PME et de TPE de financer des investissements ou des dépenses immatérielles pour lesquelles ils ne peuvent pas apporter les garanties requises par les banques. L’autre avantage du crowdfunding : des délais d’obtention de financement très courts grâce à une analyse des dossiers et un processus décisionnaire plus rapide. Progressivement, les plateformes de financement participatif sont parvenues à faire leurs preuves en instaurant une réelle relation de confiance : la plateforme Lendix (crowdlending) a dépassé le seuil des 100m€ prêtés en juillet, Anaxago (crowdequity dans l’immobilier) a levé 10m€ auprès d’investisseurs institutionnels en février. « Le crowdlending apporte une solution concrète à une carence de financement des PME comme des start-up car il constitue un formidable vecteur pour réallouer l’épargne des particuliers vers l’économie réelle », indique Nicolas Lesur, Fondateur d’Unilend, une plateforme de crowdlending, interrogé par Bpifrance le Lab dans le cadre de l’étude « Disrupter la banque pour la sauver ».

Nouveaux moyens de paiement : à vos marques, prêts, payez !

Après le crowdfunding, les Fintech françaises se positionnent en majorité sur le segment des paiements (29,6% des Fintech) [1]. Fin 2015, on dénombrait 24 établissements de paiement agréés en France contre 3 fin 2010. Si leur nombre ne cesse d’augmenter, les flux qu’ils gèrent (25 mds€ en 2014) restent encore marginaux au regard de l’ensemble des flux gérés par les banques (5 000 mds€) [2]. Le boum du e-commerce et des plateformes collaboratives (Blablacar, Deliveroo, AirBnB, etc.) a favorisé l’émergence d’acteurs comme PayPlug, Lemonway ou HiPay, spécialisées dans la vente en ligne). Ces Fintech s’adressent aux entreprises qui souhaitent créer leurs marketplaces en ligne. Elles leurs proposent des outils de paiement sécurisés pour permettre aux internautes de réaliser des achats dans plusieurs devises et avec différentes méthodes de paiement (Visa, Mastercard, PayPal, etc.). Sur le site d’HiPay, Régis Pennel, fondateur de L'Exception témoigne : 

« L’intégration de nouvelles devises sur notre site s’est faite très simplement et il nous a rapidement été possible d’en observer les effets sur l’export. Nous étions déjà en croissance à cette époque, mais depuis la mise en place de la solution et quelques actions marketing supplémentaires dans chaque pays, notre taux de croissance a bondi de 50 à 300 % ! ».

Les banques et les bureaux de change traditionnels voient également émerger de nouveaux concurrents sur les segments des transferts internationaux d’argent et de l’échange de devises. Si certains s’adressent davantage aux particuliers (Transferwise, Afrimarket, Paytop), d’autres comme Kantox ou CurrencyFair ciblent les PME et les ETI. Ces Fintech se différencient par une politique tarifaire très agressive en proposant des commissions jusqu’à neuf fois inférieures à celles des acteurs traditionnels. Cela ne signifie pas pour autant que ces Fintech font du dumping sur les coûts : les marges prélevées sur les transferts leur permettent d’être rentables. Mais elles sont bien inférieures à celles des banques qui compensent d’autres activités moins rentables par des marges très élevées dans les activités de change. Enfin, le segment des micro-paiements qui regroupe les paiements mobiles par NFC et les terminaux de paiement mobiles a également été largement investi par les Fintech. En raison de commissions de paiement trop élevées, de nombreux commerçants n’acceptent pas les paiements par carte pour des petits montants, créneau sur lequel se sont positionnées des Fintech comme Smile & Pay, Lydia ou Famoco (qui a levé 11m€ en 2017). Ces startups se distinguent des banques traditionnelles en proposant des offres sans abonnement et des tarifs unitaires par transaction moins chères.

[1] EY, « Baromètre EY du capital risque en France, premier semestre 2017 »

[2] KPMG – Financement participatif France, « Baromètre du crowdfunding 2016 » [3] FBF, « Entreprises et PME, leur financement : une priorité stratégique des banques françaises », septembre 2017[1] Eurogroup Consulting, « La French Fintech, Panorama et stratégie des banques françaises », juin 2016[2] Banque de France, « Construire le triangle de compatibilité de la finance numérique : innovations, stabilité, régulation », (2016)

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