Rendre compte des réalités entrepreneuriales des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) : c’est l’objectif que s’est fixé Bpifrance Le Lab dans sa dernière étude « Entreprendre dans les quartiers : libérer tous les potentiels ».

Celle-ci met notamment en lumière qu’une entreprise des quartiers a autant de chance de passer le cap des 3 ans que toute autre entreprise, alors même qu’il existe une différence significative du taux de création d’entreprises entre les QPV et le reste du territoire français. Cette étude soutenue par Terra Nova et la fondation J.P. Morgan mobilise une approche aussi inédite que robuste, en croisant les méthodologies quantitatives (enquête SINE INSEE et données du Commissariat Général à l’Égalité des Territoires) et qualitatives (enquête par téléphone, entretiens et focus groups).

 



Le 24 juin 2020 — Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont des lieux d’extraordinaire vitalité. En termes de création, de détermination, d’adaptation et de capacité de rebond : des qualités essentielles pour traverser la crise actuelle. Néanmoins, le potentiel des quartiers reste inexploité. Notamment parce que 32 % des entrepreneurs en QPV rencontrent des difficultés d’accès aux services bancaires, qui induisent des investissements initiaux moyens de 27 900 € en QPV, inférieurs de 37 % aux zones hors QPV. Pour Bpifrance Le Lab, il est possible de soutenir le dynamisme entrepreneurial des quartiers en les accompagnant davantage et ainsi permettre à la société française dans son ensemble, de mieux résister à la crise économique.

Les quartiers populaires, un potentiel inexploité de création d’entreprises

Les quartiers prioritaires de la politique de la ville sont des territoires où se créent nombre d’entreprises pérennes : le taux de pérennité des entreprises à 3 ans en QPV est de 77 % en QPV, analogue au 74 % hors QPV (c’est 48 % pour les micro-entrepreneurs en QPV et 36 % hors QPV). Cependant, le taux de création demeure plus faible qu’ailleurs en France ; il représente 1,7 % de la population active dans les QPV contre 2,2 % dans le reste de la France. Cette différence notable s’explique notamment par le fait que les habitants sont moins sensibilisés à la création d’entreprises et éprouvent des difficultés à repérer les structures d’aide.

Avantages et freins des quartiers prioritaires pour les entrepreneurs 

Le choix du lieu de l’implantation de l’activité impacte directement l’évolution de l’entreprise. Les quartiers politiques de la ville constituent un environnement qui éloigne les entrepreneurs des réseaux de professionnels, mais également des crédits et services bancaires. Ainsi, seuls 22 % des habitants des quartiers ont obtenu un crédit bancaire ; en comparaison, ce chiffre est de 29 % sur le reste du territoire, ce qui représente une différence statistique élevée. La détermination, la connaissance du marché local ou encore la solidarité pallient jusqu’à un certain point ces difficultés, comme on peut le constater dans le taux de pérennité à 3 ans. Mais ces avantages au sein du territoire local deviennent des freins à leur expansion au-dehors.

Les nouvelles technologies et l’accompagnement, adjuvants de l’entrepreneur QPV

Les nouveaux moyens de communication participent à la diffusion de nouveaux modèles entrepreneuriaux et au développement d’activités en dehors des quartiers. En particulier dans le commerce d’import-export et le transport : des secteurs qui regroupent 40 % des entrepreneurs de QPV. L’autre enjeu est de créer des passerelles : réseaux d’accompagnement, mentorat pour intégrer des réseaux professionnels plus conséquents, formations pour utiliser tous les outils en ligne (ventes online, réseaux sociaux…). Ces passerelles renforcent la vitalité économique au sein des QP 

Un tiers des entrepreneurs dans les quartiers sont des entrepreneures :

L’entrepreneuriat féminin est spécifique : plus prudent, moins mobilisateur de ressources au commencement et souvent effectué en complément d’une activité salariée. Il est pourtant tout aussi pérenne que l’entrepreneuriat masculin : 77 % des entreprises fondées par des femmes existent encore trois années après leur création.

Pour Élise Tissier, Directrice de Bpifrance Le Lab : « Nous croisons tous les jours des entrepreneurs des QPV sans le savoir. Et l’idée, confirmée par les données, que l’entrepreneuriat dans les QPV est un vrai chemin d’intégration dans la vie économique, crée une responsabilité encore plus forte pour les acteurs en charge d’accompagner les entrepreneurs. »

Méthodologie :

En 2016, notre première étude sur l’entrepreneuriat dans les quartiers [1] recommandait de favoriser l’open data sur les données des entreprises dans les quartiers. Cette deuxième publication, trois ans après, répond directement à cette indication.

Nous avons mis en place une méthodologie inédite permettant de croiser les données des entreprises et des micro-entrepreneurs géolocalisés dans les quartiers prioritaires avec les données sur la création d’entreprises de l’INSEE [2]. Ceci nous a permis d’observer les données de la création sur plus de 2 000 entreprises et 1 000 micro entrepreneurs au moment de la création de leur projet, et 3 ans après.

Nous avons également réalisé une enquête [3] auprès de 700 dirigeants d’entreprises ayant entre 4 et 5 ans d’existence, afin de compléter les données de l’INSEE et comprendre les problématiques des entreprises dans et hors quartiers, du stade de la création jusqu’à leur cinquième anniversaire

[1]https://www.bpifrance-lelab.fr/Analyses-Reflexions/Les-Travaux-du-Lab/Les-infographies-du-Lab/Entreprendre-dans-les-quartiers

[2] Données Système d’Information sur les Nouvelles Entreprises (SINE).

[3] Enquête opérée par TMO Régions, de juin à septembre 2019,